Le Chemin des Dieux

Part 18

Baron

Partie Précédente

 

Village de Pitriéz – 12 jours avant départ.

Dasara, troisième des cinq Mères, avait un jardin bien entretenu à rendre jalouse plus d’une. Les petits jeunes de cinquante ans louchaient sur elle quand ils la croisaient tant cette femme, bien conservée, était séduisante. D’encore plus jeunes s’émoustillaient devant son décolleté avantageux, sans oser l’admettre. Toute sa vie, elle tira bénéfice de l’effet qu’elle faisait, sans céder pour autant à n’importe qui, fidèle, il n’y eut qu’un seul homme dans sa vie, avant qu’elle ne devienne veuve.

Depuis, elle saisit les occasions qui lui conviennent. Elle reste une femme très mystérieuse, comme bon nombre de membres de la maison des Panopiliéens. Peu d’hommes peuvent se targuer d’avoir eu le droit à plus que ses sourires. Quand on sait que c’est elle qui, jeune et plate, avait pris des semaines à trouver des coquillages pour séduire celui qui partagea sa vie…

Elle passait de longs moments à cultiver des fleurs, des plantes médicinales ou aromatiques. Souvent, elle s’allongeait seule au milieu de ses cultures. Tout le monde savait qu’il ne fallait jamais venir la déranger dans ces moments-là. Elle n’avait pas encore idée du signe lui permettant de sélectionner le bon élu. Elle ne se mettait aucune pression. Cela n’arrive qu’une fois dans une vie ce genre de devoir. Elle espérait juste être attentive pour ne pas rater le coche…

Linès entretenait son corps autant que son esprit. Ce n’est pas le garçon le plus loquace qu’on rencontre ici. Beaucoup de jeunes filles, et de jeunes hommes s’y sont cassé les dents à tenter de le séduire. Il est un modèle de statue, pas parfait, mais rien à jeter. Il aimait le matin, au lever du soleil, courir jusqu’à la plage afin d’y faire différents exercices. Sur sa route, il coupait par le jardin de Dasara ; barrières, propriétés, les gens sont respectueux dans cette petite communauté, elles n’existent donc pas. Chaque matin, assise devant sa porte, elle le regardait passer, le saluant d’un aimable sourire à l’occasion. Mais ce jour-là…

Elle décida d’entrer en action. Ayant mis le minimum décent de tissu pour ne pas avoir d’ennuis avec le voisinage, elle partit en petites foulées et tenue, suivre le jeune homme dans son entraînement matinal. Elle eut un peu de mal à tenir son rythme et arriva à la plage quelques minutes après lui. Elle avait préféré modérer son effort. Lui n’avait rien changé de son habitude. Il avait le torse si musclé, elle bavait autant qu’elle transpirait. Elle s’arrêta avant lui, restant à le mater… Enfin le regarder en attendant qu’il finisse.

« Dasara : Enfin la pause ! C’est impressionnant, on voit rarement de jeunes garçons prendre autant soin de leur forme !

Linès : Ils devraient, ils vont mollir avant l’âge sinon.

Dasara : Tu vois, moi aussi je pratique un peu.

Linès : J’ai vu. Vous vous y prenez mal.

Dasara : Comment ça ? Je ne m’y prends pas bien ?

Linès : Levez-vous ! »

Elle ne se fit pas prier une seule seconde.

« Linès : Là quand vous faites ce mouvement, il faut pencher le bras comme ça, mais pas le reste du corps. Pareil la jambe comme ça.

Dasara : Comme ça ?

Linès : Non ! »

Il s’approcha et commença à la toucher pour placer ses membres de la bonne façon. Sur le moment, elle crut qu’il lui faisait le coup du prof de sport. Le faire sur la plage, aucun problème, à cette heure-là il n’y a personne qui vient. Si jamais quelqu’un passe, il apprendra la vie. Elle tenta alors de le retourner pour l’embrasser… La chance veut que dans sa candeur il ne comprenne pas vraiment ce qui se passait et resta fermé à toutes intrusions. Comprenant sa méprise et ne voulant pas perdre la face…

« Dasara : Le signe c’est le signe ! !

Linès : Le signe ?

Dasara : Oui, tu es un des élus !

Linès : Mais pourquoi ?

Dasara : Tu… Parce que… j’ai vu le signe dans tes yeux ! Ils ont brillé, si fort que j’ai dû m’approcher !

Linès : Je croyais que vous alliez m’embrasser.

Dasara : Tu voudrais ?

Linès : Non.

Dasara : Le signe, mon garçon, je l’ai vu ! »

Remettre en doute la parole d’une des cinq Mères n’était pas à propos. Linès comprit qu’il se trompait et accepta son rôle. Il refusa cependant de s’entraîner nu dans le jardin comme le préconisait Dasara.

Share on FacebookTweet about this on Twitter
Partage l'article si tu l'as aimé