L'amie imaginaire

Le Cœur Abattu.

Baron

Chapitre 9 – Le Cœur Abattu.

La roue avait fini son tour, nos tickets avaient expiré, Sébastian sut. Je ne sais ni comment ni pourquoi mais il sut et me détesta d’un regard assassin, je mourais à répétition, non content d’une mort il en faudrait des millions pour apaiser sa peine. Comment lui dire qu’on a pas fait ça contre lui, qu’on a suivi nos cœurs. Je lâchais la main de Marie, elle fit une moue adorable, mais elle comprit et alla auprès de celui sans qui elle ne serait pas là. Est-elle vraiment là ? Qui sait, c’est peut-être la folie de Sébastian qui est contagieuse. Monsieur Louis traînait, il faut dire que sur ce coup, il était sur un plaisant. Elle le ferait veuf, après l’avoir fait cocu, vous ne lirez pas ses mémoires de toutes façons. Mlle Maulari était fatiguée, prétexte fallacieux pour rentrer plus vite, elle avait un peu parlé avec Sébastian qui s’était empressé de lui expliquer ce que j’avais osé faire, moi le traître. Ça devait aussi tourner en rond dans sa tête, après tout elle ne croyait pas réellement que cette Marie puisse avoir une concrète existence. Mais elle ne pouvait ignorer la tristesse de son fils, mon embarras elle verrait plus tard.

Lorsqu’il alla au toilette, sans elle, ce qui m’étonna, elle vint me parler. Ne sachant pas trop comment aborder le sujet elle me demanda juste de toujours refuser de me retrouver avec Marie seul, que Sébastian n’avait pas encore eu de vrai amis et que c’était difficile pour lui. Elle ne pouvait pas savoir que moi aussi je la voyais vraiment, pensant que je faisais semblant pour lui, et qu’il extrapolait notre relation pour dire en quelque sorte adieu à son amie devenue inutile depuis mon arrivé dans la vie tel l’enfant prodigue de retour chez lui. Elle était si loin de la vérité, je renonçais à la guider car je compris qu’elle avait l’espoir de bientôt plus avoir à se soucier de Marie qui disparaîtrait comme elle est venue.

Notre journée se finissait, un retour sous musique jazz et entraînante d’un Louis au summum de sa forme tant plaire aux dames lui avait donné des ailes de la jeunesse et beaucoup de drogue. Sébastian, enfermé dans son mutisme, grattait son crayon, me dessinant tantôt avec des cornes, tantôt avec des membres en moins, je crois pouvoir dire qu’il était fâché. J’aurai dû rentrer avec Marie, j’espère qu’elle retrouvera facilement la route, la nuit tardait l’été c’est une chance pour elle. Elle a pu profiter un peu plus que nous du parc, mais n’aura sans nos sous accès à aucune attraction, à moins qu’elle ne tente quelques fraudes, je ne l’imagine pas comme ça.

Monsieur Louis me déposa en premier, mes parents, grands seigneurs, proposèrent un petit verre aux Maulari, refusé, Sébastian était soi disant fatigué. Ils ne purent remercier autrement que par les mots un homme qui avait toute la journée durant étalé sur moi l’étendue de sa générosité allant entre autre jusqu’à ne jamais refuser une demande et sans cesse proposé de son côté friandises, jeux et tout ce qui aurait pu lui être coûteux. Cet homme ne se pose pas de question de budget, il est naturel dans sa générosité, sait que donner n’est pas en attente d’un rendu. Un homme que j’épouserais tout autant que ses trois futures femmes si j’avais un tant soit peu été attiré par les hommes.

Après séparation, il fallut faire mon devoir, je n’avais pas le choix, tous deux m’ayant assis dans le salon, me fixant avec leurs yeux de mérou bouilli, ils me dévisageraient jusqu’à ce que je craque, c’était tout juste si ils ne pointaient pas une lampe de bureau sur mon visage reflétant l’innocence de l’enfant qui vient de naître, sans pêché et sans gloire. Raconter ma journée, quelle épreuve lorsque c’est demandé avec insistance, on a juste envie de se rouler en boule au sol en hurlant comme un goret pour échapper à ce supplice. S’ils m’avaient rien demandé, j’aurais craché le morceau, mais pas la pomme, faut pas pousser, j’ai une vie privée à la limite de l’intime, qu’allaient-ils penser de moi si je leur disais toute la vérité, me prendre pour un fou, m’interdire le domicile culinaire des Maulari, plus jamais de pâtisseries, de bons petits plats, et de Marie… Mis sur le banc de la société je finirais sur ceux d’un métro à vivre de mendicité. Gardant foi en mon avenir prometteur de libraire spécialiste en héros en collants, je rabotais la vérité pour n’en livrer que les copeaux acceptable, soulignant malgré cela l’étrange jalousie de Sébastian au grand damne de mes parents qui se demandaient malgré la gentillesse de Mlle Maulari si fréquenter ce garçon ne m’apporterait que du bon.

Ils furent dubitatifs, mais ça passa sans autres questions gênante. Je n’aimais pas mentir à mes parents, j’en jouais souvent pour de petites raisons de confort, mais par expérience je savais qu’un mensonge était un réel boomerang, tu ne sais jamais lorsqu’il reviendra te voir, tu ne seras jamais préparé à le recevoir, combien d’envoyés ? Combien reviendront sur un même temps ? Trop de risques pour une caboche fragile comme la mienne. Une fois le dîner avalé, sans réel plaisir, des pâtes trop cuites avec une sauce approximative à la tomate et au basilic, on sentait pas trop la saveur de chaque, c’est quelle marque déjà ? C’est trop demandé des légumes frais ? Cultivés et récoltés à terme avec amour et respect de la nature et du fin gourmet qui en bout de course s’en régalera ? Une cigogne n’aura pas bien fait son travail à ma livraison, ce n’est pas la famille que j’avais commandé.

Après un film digestif en compagnie de ma lignée, je montais dans ma chambre, une dernière lecture pour accompagner mon sommeil vers de nouvelles aventures ; la nuit je suis encore plus héroïque que le jour, plus de pouvoir, de veuve à sauver d’orphelins intrépides et cruels, de chaton pris dans les plantes grimpantes d’une sorcière chatonvore. Une surprise m’attendait, Marie était là assise sur mon lit, depuis combien de temps ? Avait-elle seulement décidé de passer d’abord chez les Maulari ? Sébastian l’a-t-il chassée à coup de pieds ? Que s’est-il passé ? Je ne savais si je devais sourire, j’attendis le sien pour relâcher le mien. Elle se leva et courra vers moi, me serra. Je sentais son étreinte. Quel spectacle étrange pour quelqu’un qui me verrait ainsi. Elle n’allait pas si bien, mon amie muette, sa tristesse l’avait accompagné. Il s’était bien passé quelque chose. Ma chance dans cette venue c’est qu’il me sera aisé de cacher sa venue à mes parents. La femme invisible est dans la place, c’est fantastique.

C’est inconvenant, une jeune femme, un jeune homme, une chambre, personne pour les surveiller ni les surprendre, un lit, de la tendresse mêlé de tristesse, un cocktail idéal, nous sommes des enfants, il est encore trop tôt pour grandir. Notre étreinte commune se relâchait, je l’entraînais pour s’asseoir avec moi, il fallait qu’on parle. La chambre de mes parents n’est pas trop loin, ils pourraient m’entendre, je ne les entends que trop bien, mon casque me sert énormément à écouter fort de la musique pendant que maman imite les cris d’un écureuil et papa claque des mains, tous les vendredis soir et parfois les mardis ; je ne sais pas ce que les autres jours de la semaine ont pu leur faire mais ce sont ces deux là qui payent pour tous ou sont récompensés. La communication se fit de manière simple, il m’arrive de faire preuve de malignité, je chuchotais, elle me faisait un signe de tête approbateur ou non.

Mon interrogatoire commençais, c’est fou ce que nous n’avions jusque là pas vraiment eu à communiquer, l’attirance mutuelle fit un incroyable travail pour nous réunir ; je suis victime d’une expérience, des caméras sont planquées partout dans ma chambre, le gouvernement et l’empire Zordalien sont de mèche, ils essaie de me rendre fou, voir jusqu’où j’irais dans cette situation abracadabrantesque. Je lui expliquais la démarche, elle acquiesça. De fil en aiguille en tricot, je compris qu’une fois chez Sébastian ce dernier lui fit une véritable crise de jalousie, d’une certaine façon lui aussi avait craqué pour elle mais depuis déjà des années, pourtant elle s’était contenté d’être là et l’accompagner dans sa solitude, l’aidant pour tout ce qu’elle pouvait, le guidant, lui évitant des pièges. Elle lui aurait même conseillé de me recontacter pensant que je serais un élément positif pour lui. Quand j’abordais la question sur ce qu’elle était, jamais elle ne réagissait, feignant de ne pas entendre, comprendre, le mystère continuait à planer, pourvu qu’il s’écrase un jour près de moi qu’il puisse me dévoiler ses secrets.

Il se faisait vraiment tard, le couvre feu touchait à son début, mes parents n’allaient pas tarder à venir râler à ma porte, il fallait assurer mes arrières. Je laissais Marie sur mon lit, prenant mon pyjama et du change je courrais à la salle de bain pour mes ablutions du soir sous le joyeux son des grognements de papa qui trouvait à râler sur mon retard. C’est bon c’est l’été, on devrait même pas avoir à se laver pour les vacances, j’ai déjà pris un bain hier pour être propre et beau pour Mlle Maulari ; à force ma peau va se décoller, c’est dangereux de se laver tout le temps, si l’eau était si bonne pour nous on serait des Atlantes, si les détergents savons et shampoing l’étaient aussi ils pousserait dans les arbres ou sous terre comme des cacahuètes. Qui a eu l’idée de donner un nom pareil à ces fruits, ajoutez un « c » et ça fera « cacachuète », ce serait limite répulsif ; il y avait un comité des noms dans le passé, des gens plus malins et instruits que tout le monde qui se sont fait plaisir à inventer des mots compliqués pour que le petit peuple soit perdu et ait besoin d’eux pour les écrire. Il devait y avoir un bègue qui s’est chargé de tout les mots avec répétition de syllabes, il s’est bien moqué de nous, plus jamais je me moque d’un bègue, il trouvera toujours le moyen de se venger.

Plus ou moins propre, les dents qui sentent la menthe chimique, je retournais dans ma chambre, mes parents déjà dans leur lit attendaient mon silence pour commencer leur bruit, on est pas vendredi c’est pas le moment ! Je ne suis pas seul et ne peut leur dire, c’est pas une raison pour manquer de respect à la fille qui existe dans ma tête, que vous pouvez pas voir et dont vous ignorez la présence. Souvent je me rend compte de l’absurdité de mes pensées, mais d’autres plus absurdes finissent par les remplacer, tout va bien.

Elle m’attendait, sage comme une image comme aurait dit papy si jamais il l’avait vue. Si les esprits survivent, je suis sûr qu’il est toujours avec moi, quelque part dans cette chambre, à tuer les monstres des placards et sous les lits pour que je puisse passer de bonnes nuits ; là il va sortir, attendre mon réveil dans une autre pièce, il n’est pas un voyeur papy et sait que parfois il faut me laisser seul, surtout quand je ne le suis pas. Je crois qu’à lui j’aurais pu lui confier toute cette incroyable histoire dont je suis le héros. Il faisait chaud, je voulais aussi montrer qu’elle avait choisit un bel homme musclé, je n’avais pas mis mon haut. Les muscles c’est surtout dans la tête, j’y croyais, elle y croira. Je lui fit comprendre que nous serions mieux couché, surtout moi, je proposait de lui laisser le lit, elle rit, c’est vrai qu’elle n’avais pas de contact avec les objets et sûrement aucun besoin de dormir. J’allais donc prendre le lit, mais elle ? Je n’allais pas la laisser seule à errer comme une âme en peine dans ma chambre, sous le lit c’est inconfortable, j’ai déjà testé, pour voir, ne me jugez pas !

Me glissant sous les draps, je pensais qu’elle allait s’allonger à mes côtés mais dessus, même mes pensées sont sages. Elle n’avait pas arrêté de sourire, elle préparait quelque chose ; bien trop mignonne pour être honnête, je vais me faire dévorer, torturer brûler par cette démone qui se délectera de mon corps avant d’en finir avec mon âme pour que de moi rien ne survive. À travers les rideaux, quelques rayons de lune s’étalait sur elle, qui débout sur le côté du lit restait immobile, qu’attendait-elle ? Elle monta près de moi, sur les genoux, elle était légère, les draps ne réagissait pas, comme si il n’y avait personne. Elle enleva sa robe, ce n’était pas la première fille que je voyais juste en culotte, mais ma cousine avait des tendances exhibitionniste depuis que ses parents l’emmenaient en vacances naturistes, combien de fois elle voulut me mettre nu ? Ma propre cousine, y a plus de respect. Les rayons de lunes étaient plus rares, j’osais à peine la regarder, je refuse de la décrire, je garde ces moments précieux pour moi ; des souvenirs de découverte liés à des sentiments forts.

Les draps lui obéirent, elle put les soulever, s’y glisser, se coller contre moi. J’espérais qu’elle ne voulait pas aller plus loin, je devais avoir un corps rouge en ébullition, une chance que la lumière soit éteinte. Elle posa sa tête contre moi, son bras, son corps, le contact avec sa peau, comme la première fois qu’elle me prit la main. Elle était froide, ça n’allait pas durer, je chauffais pour deux. J’espérais que la vapeur dégagée ne décolle pas le papier peint, on avait eu beaucoup de mal avec papa à le coller proprement, ses amis cons ne nous aidaient pas toujours avec de judicieux conseils. Elle se réchauffait assez vite, jusque là je n’avais pas remarqué, pas entendu, son cœur il battait si fort qu’il fini par ralentir le mien, ils s’accordaient pour ne faire plus qu’un.

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