L'Amie Imaginaire

Attraction Au Parc.

Baron

Chapitre 8 – Attraction Au Parc.

Les fêtes foraines, un lieu sale en permanence, les poubelles sont des décorations ou des œuvres d’art qu’il ne faut en aucune manière souiller de nos déchets, c’est si simple de les semer sur notre route, tout le monde le fait, le syndrome du mouton tourne à la tard du porc humain qui n’a que l’étymologie en rapport avec un digne animal qui lui ne pollue pas une nature qui lui offre la vie. Les stands de nourriture, coûteuse en argent autant qu’en santé ne nous tentait pas, il ne fallait en aucun cas nous priver des dernier souvenirs du dessert dont nous nous sommes délectés quelques dizaines de minutes plus tôt. Les ribouldingues et autre activités de précisions, il fallait tenter, nous étions trop jeunes et à notre goût trop vieux pour les pêches à la ligne. Monsieur Louis tenta pour nous quelques coups, mais il n’avait pas la fibre du chasseur alpin, il manqua sans doute de tuer les pauvres forains pas toujours assez précautionneux sur les distances respectables. Il nous encourageât aussi à donner du marteau sur un étrange appareil mesurant notre force, nous étions l’intelligence, avoir vu des plus costaud se casser le nez sur cet appareil nous encourageait à passer notre chemin pour ne pas étaler notre faiblesse physique aux yeux du monde. Monsieur Louis tenta, il n’était pas très fort, Mlle Maulari se laissa convaincre, elle le battit à plat de couture, la pâtisserie, art culinaire et art martial, méfiez-vous.

Elle était enfin là, je n’avais pas besoin de me retourner, j’en avais envie. Je ne savais pas si j’allais la voir encore, je ne me cognerais pas la tête encore si fort pour ce plaisir, ou un petit peu, pour faire avancer la science des amis imaginaires d’autrui. Sébastian, que j’avais parfois interrogé sur le sujet avait été particulièrement avare d’explications. Je savais qu’elle lui était apparue il y a plusieurs années, qu’elle avait grandi avec lui, qu’elle avait eu d’autres tenues, qu’il la voyait et l’entendait comme n’importe quel autre humain. Quand je lui ai demandé s’il l’avait touchée on aurait cru faire face à un bigot lui demandant s’il avait léché l’anus du diable. Il fallait que j’en ai le cœur net même si il serait complexe pour un expressif comme moi de ne pas donner l’impression d’être un fou dont l’esprit crée plus de gens qu’il y en a autour. Il fallait que j’apprenne de Sébastian, il s’en sortait si bien qu’on pourrait croire que quasi personne n’existe autour de lui, même moi parfois j’ai l’impression de ne pas être là quand il me regarde.

Comme si de rien était, de même manière qu’on se retourne pour voir si on est pas suivi, prétextant une longue attention sur un stand alors qu’on marche de bon train, je me retournais lentement. Je n’avais pas fait attention que l’attraction que je suivait du regard était un palais des plaisirs, interdit aux moins de dix huit ans. Le regard perplexe de Mlle Maulari quand Monsieur Louis très souriant me rappela à l’ordre me désappointa, je marquais un point négatif, les fiançailles sont-elles reportées ? Du coin de l’œil j’avais accompli ma mission dans sa courte robe blanche à pois rouges, elle nous accompagnait. Avait-elle changé de tenue pour me plaire ? Comment pouvais-je sérieusement me poser cette question ? Une autre, plus judicieuse que je me posais était de savoir comment elle allait pouvoir venir dans les manèges avec nous, prendre un billet supplémentaire parait incongru. C’est pourtant ce qu’il se passa, ce qui compliqua la vie de Monsieur Louis qui devait expliquer que nous étions cinq. Les forains, même s’ils ne comprenaient pas tous les subtilités de la situation acceptaient de vendre plus de place, tant qu’ils sont payés, autant ne pas poser plus de questions.

C’est au train fantôme que se compliqua notre affaire. Il fallait s’installer dans les wagons par deux. Mlle Maulari insista auprès de Sébastian pour qu’il aille avec elle, il ne faut pas se voiler la face, depuis le début de notre excursion elle ne lui avait jamais lâché la main. Il accepta pour une autre raison, Marie lui fit signe, l’approbation d’une jeune femme qui avait un autre plan en tête. Comme pour les autres manèges nous avions pris cinq places, je suivais mes deux Maulari avec Marie, c’était étrange de la voir, mais encore plus de ne pas l’entendre, sortir avec l’amie muette de Sébastian, lui n’en est pas à ce point de silence. Le plus troublant c’est ses interactions avec le solide, elle n’a jamais un objet entre les mains, pourtant elle s’appuie comme tout le monde pour monter dans le wagon. C’est assez indescriptible comme impression d’être à ses côtés, j’aimais ça, j’étais bien, j’évitais cependant de trop la dévisager pour ne pas me faire remarquer par les gens autour qui m’auraient jugé, sans compter que ses sourires, sa petite frimousse, me faisaient rougir à en oublier ma future femme et ses pâtisseries. C’est quoi son prénom déjà ? Mademoiselle ? Monsieur Louis eut la chance d’avoir une campagne de route, elle avait la moitié de son âge, ne parlait pas un mot de notre langue, hurlait comme une crécelle détraquée avant même le départ, et faisait de notable regard coquin à un Monsieur Louis attentif mais prudent quand à l’interprétation qu’il devait faire de cela.

Une sonnerie retentit, suivit d’un hurlement qui rendit sourd à n’en point douter quelques trente ans plus tard Monsieur Louis. Qui aurait pu prédire qu’elle serait sa seconde femme, la première il faudra attendre encore quelques manèges avant qu’il ne la croise, quand à la troisième il l’a déjà croisé tout à l’heure, mais la vie amoureuse de Monsieur Louis, c’est une histoire qui mériterait à elle seule plusieurs dizaines de chapitres pour la survoler sans beaucoup de détails. Sachez seulement qu’en une journée il croisa ses trois futures femmes, lui qui jusque là avait fait de sa vie un célibat respectable et régulier. Nous avancions dans l’obscurité, que rien ne se passe ou non, ça hurlait dans la langue de Cervantès derrière moi. C’était ma première fois dans ce type d’attraction, je n’avais pas très peur, tout était si attendu, des gens surgissaient avec des costumes et maquillages ratés, une tombe s’ouvrait, une araignée tombait, j’étais vraiment insensible à cela mais pas au reste. Je sentais sa main, froide mais pas glacée, se glisser dans la mienne, ignorant les codes usuels d’un ami ‘imaginaire qui ne peut vous toucher. Je la serrais, elle tremblait autant que moi, mais sursautait souvent, elle était bien plus réactive que moi à l’attraction. Mes sursauts étaient dûs aux cris derrière moi, que n’avais-je un gros bouchon de liège pour lui enfoncer dans la bouche jusqu’à le coincer dans la gorge pour ne plus jamais qu’un son disgracieux ne sorte de cette jeune femme ibère.

Les fantômes surgissaient, je les regardais comme une vache regarde son train dans les champs du nord. Je sentis sa tête se poser sur mon épaule, que vous dire de mon état, battement cardiaque incontrôlable, chaleur dans tout le visage, bon sang elle est contagieuse, de quel pays exotique a-t-elle rapporté une maladie qui va me tuer dans ce wagon sans que je n’ai connu tout les plaisirs culinaires que Mlle Maulari aurait pu m’offrir une vie durant ? Ça me plaisait, ça n’aurait pas dû, c’est impensable, ma logique combattait mes ressentis, j’étais bien, je l’aimais bien. Que savais-je d’elle ? Ses parents ? Sébastian, ses amis ? Sébastian, sa vie ? Sébastian. Elle n’avait rien d’autre que lui et aujourd’hui, moi. Qu’en est-il de leur relation, ils sont amis rien de plus ? Vais-je devoir lui demander une main qui dors et déjà se trouve dans ma mienne pour respecter les usages du passé et mon honneur de chevalier super-héros ? Voilà que je recommence à sortir du moment présent, quand donc vais-je profiter et cesser de me questionner ?

Il fallait que ça dure, encore, toujours, j’aurais donné deux jambes pour rester là avec elle toute ma vie ou une heure de mieux. La lumière, vile traîtresse qui annonce la fin et me vole ces instants merveilleux. C’est quoi le prochain manège à deux places ? Mlle Maulari et fils avaient une petite mine, lui me dévisagea ainsi que Marie, nous avions toujours nos mains liées, il était le seul à le voir, à comprendre, il n’aimait pas et me le fit sentir tout le reste de la journée en ne m’adressant plus la parole au point que Monsieur Louis intervint de son mieux mais sans succès. Il quitta ce train fantôme avec le numéro de la brune, plus tard c’est celui de la blonde qu’il obtint, quand au troisième qu’il aurait pu avoir plus tôt, comme je vous l’ai dit c’est une autre histoire.

La grande roue était destinée aux gens de bonne tailles, j’avais la bonne, Sébastian juste en dessous resta sur la touche avec la main de sa mère pour réconfort. Monsieur Louis rencontra donc sa première épouse une blonde pétillante mais plus calme et de presque son âge, là je le suivais sur son goût. C’est un mystère le succès qu’il eût ce jour là, lui-même ne comprit pas ce qui se passait. Je montais avec Marie, qui n’avait pas la bonne taille, mais le forain après un certain nombre de blagues accepta qu’on paye pour deux et me laisser à sa vue monter seul. Un tour de grande roue c’est lent, aucune chance de perdre mon repas par voie orale, nous profitions du paysage de plus en plus collés l’un à l’autre. J’étais toujours incapable de l’entendre, je voyais bouger ses lèvres mais ne pouvait pas y lire grand chose, il va falloir que je m’entraîne. Si on a des enfants seront-ils réels comme leur père ou imaginaires comme leur mère ?

Arrivée à son zénith, le temps s’arrêta, des heures ensemble à regarder le ciel, tous les nuages, regarder chaque personne au sol comme de petits cafards, les champs au loin, la ville, l’horizon, au delà de l’horizon, l’océan, d’autres pays, il n’y avait plus de limite. Je la regardais elle et ses grands yeux verts, je parlais et me taisais, en même temps, ai-je vraiment ouvert la bouche ou a-t-elle lu mes pensées, elle m’embrassa, je l’embrassais, comme des enfants avec des sentiments et sans la langue. Des heures, ce baiser dura des jours, des années, des siècles, j’avais le goût de ses lèvres, finies les pâtisseries, finie la cuisine des Maulari, car aujourd’hui je sais le goût que j’aime, que je veux chaque matin et à chaque minute de ma vie, celui des lèvres de Marie.

Chapitre 7Chapitre 9

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