L'Amie Imaginaire

L’unique Amie.

Baron

Chapitre 7 – L’unique Amie.

À la maison mes parents furent rassurants sur mon état de santé, ils prirent même le temps de se moquer de l’état de mon pantalon que je ramenais sous le bras. Ils ne me cachèrent pas que si le vélo n’était pas réparable il me faudrait être patient, qu’avec un peu de chance vers Noël, mais la situation économique familiale ne pointait pas vers le haut du graphique. À aucun moments Mlle Maulari ne fut montrée du doigt pour son manque de compétences, bien au contraire, lorsque j’eus raconté les détails de l’histoire, ils se félicitèrent de connaître une femme réactive.

C’est durant ce moment de gêne dans un pantalon appartenant à un autre garçon que mes parents m’interrogèrent sur Marie. Ils avaient beaucoup de questions, tout comme moi l’univers fabuleux des amis imaginaires leur échappait. Leur répondre était complexe, mensonger, je cachais ce que je ressentais, ce que j’avais vu. Ils m’ont demandé si j’avais eu une telle amie, ou un ami, mon père avait un ton sérieux pour une fois, c’est qu’il doit préparer un tour pendable, une blague de mauvais goût, un couperet verbal qui me tranchera en deux sur la fin de conversation. Si j’étais parent, je serais inquiet pour tout, les enfants c’est fragile, à l’intérieur, solides quand on sait la chute que j’ai fait sans rien me casser.

En fin de semaine, quelqu’un vint frapper à la porte. Maman travaillait, mon père dévorait une bière devant une émission décérébrante et me hurla d’ouvrir. Les ordres, toujours obéir sans jamais être payé, elle est où ma solde d’enfant respectueux, sage et gentil ? Je devrais être bien payé pour le bonheur que j’apporte, cette joie qu’ils ont eu de me dorloter, me voir sourire, grandir et de ne plus avoir à changer mes couches. À la porte une belle surprise, monsieur Louis tenant dans sa main une œuvre de César, à moins qu’il ne s’agisse du corps sans vie de mon vélo. Pourquoi était-il venu seul, j’avais glissé mon regard derrière lui pensant y voir Mlle Maulari, ou Sébastian, personne.

Il était passé les voir pour annoncer une nouvelle, la réalisation d’un engagement d’un homme avec son filleul et tout ceux qui le méritaient, dont moi. Mes parents aussi furent invités, mais déclinèrent avec une grande courtoisie. Messe était dite, demain j’allais me rendre au parc d’attraction, qui était en réalité une fête foraine de belle envergure, avec manèges, attractions, confiseries et autres gras sucrés à dévorer. Il était convenu qu’ils passent me prendre, en voiture s’il vous plaît pour un pique nique suivi de cette journée sous l’égide des loisirs.

Mon chauffeur arriva de bonne heure et de bonne humeur, cet homme en plus d’être serviable est sympathique, il est toujours agréable d’être en sa compagnie. Avec Sébastian nous avions toute la banquette arrière rien que pour nous, il y avait deux heures de routes avant notre destination, il fallait combler le temps. Monsieur Louis mit de la musique en parlant avec Mlle Maulari, nous n’entendions plus vraiment les conversations, quant à y prendre part, peine perdue, ils ne nous entendaient pas plus. Je suis persuadé qu’ils parlent de nous, comment savoir où ils nous emmène réellement ? À Vegas ? Pour que j’épouse Françoise sans plus attendre ? Dans un champs au milieu de nulle part, on ne retrouvera jamais mon corps frêle sous un mètre de terre et dix kilos de patates.

Alors que j’avais un sac à dos, avec quelques affaires, de l’eau et deux bandes dessinées apportées à discrétion d’un éventuel ennui à combler, lui avait un cartable de cuir. Un garçonnet à l’ancienne. Il sentait l’eau de Cologne et n’était pas vêtu pour l’aventure foraine que nous allions vivre, on aurait pu le ranger dans un bocal dans une vitrine de curiosité. Il sortit un carnet à croquis alors que nous conversions, que je lui parlais et qu’il acquiesçait, tourna les pages pour me laisser entrevoir paysages, portraits, ustensiles et tout ce qui lui passait sous le crayon pour améliorer son style et agrémenter son cahier. J’arrêtais mon discours passionnant sur le choix de teinte des poutres de notre nouvelle maison pour lui faire signe de me confier son précieux carnet afin que j’ai la chance de voir par moi-même l’étendue de son talent car j’aime et ai beaucoup d’admiration pour les personnes qui savent mettre en image ce qu’il voit ou imagine. Il n’était pas enclin à partager, il fallut le convaincre, lui faire moults compliments sur le peu que j’en eusse vu.

La patience est la vertu des grands hommes, on obtient toujours ce qu’on veux en calmant ses envies, montrant notre intérêt vertueux à la découverte du talent d’autrui. Réticent mais curieux d’avoir mon opinion de professionnel amateur de bandes dessinées d’horizons variés, il me tendit enfin son œuvre, les minutes tendues qui précédèrent n’avait en rien usé mon envie d’y parcourir mon regard d’autant plus qu’un certain dessin m’avait troublé. Il y avait des portraits de ma future épouse, il est à signaler que Maulari fils sait très bien rendre joli le profil qu’on pourrait dire disgracieux de Maulari mère tant son appendice nasal couvre une trop grande partie d’un visage doux et aimant. Elle avait beaucoup de charme, elle était belle et mise en beauté de bonne façon par son fils qui épinglais de ses crayons tous les sentiments qui lui portait dans son portrait. Je reconnaissais aussi sa maison, la salle de bain sans les culottes qui sèchent de Mlle Maulari, sa chambre, encore sa chambre mais sous un autre angle, le salon, toutes les pièces de la maison, les extérieurs, rien de champêtre. Monsieur Louis, souriant pour l’éternité qu’aura la vie de ce carnet. Avec frénésie je tournais les pages à la recherche de celle qui… La voici venir, c’est incroyable, ce visage, cette robe, cette façon de se tenir. La page suivante, et la suivante encore, toujours elle, tantôt souriante, tantôt stoïque, penseuse, émue, jolie…

Elle devait avoir notre âge, un an ou deux ans de plus qui sait vraiment donner un âge aux amis imaginaires. Comment était-ce possible que l’image que j’ai imaginé d’elle soit la même, l’unique représentation que Sébastian s’en fait aussi. Serions nous des jumeaux dissemblables nés avec un écart conséquent dans un laboratoire secret d’un sombre savant russe en manque de notoriété qui nous aurait abandonnés à deux familles, nous surveillant encore et toujours pour son expérience tout en fuyant les espions des autres gouvernements prêts à tout pour l’incarcérer en lui volant les bénéfices de son immoral travail ? Marie, dans la même tenue. Je ne croyais pas aux fantômes, mais à cet instant il était difficile de comprendre la situation autrement. Maman lors de notre discussion sur le sujet m’avait expliqué qu’on se créait parfois des amis, par solitude ou manque d’écoute de notre entourage. Cependant il s’agissait là d’une amie que j’avais fini par voir aussi, ce qui ne semble pas cohérent avec une invention irréelle. À moins que je n’aie un nouveau super pouvoir, celui de lire dans les pensées profondes et intimes des êtres inférieurs. Il fallait que je tente avec Mlle Maulari, peut-être que je me trouverais dans son intimité.

Il fallut que j’en parle avec Sébastian, qui ne fut nullement étonné et ne mit à aucun moment mes paroles en doute, il me confia qu’elle lui avait raconté pas mal de chose de notre entrevue en tête-à-tête au moment où elle comprit lors de l’accident spectaculaire dont je fus ma propre victime que j’étais parvenu à la voir, l’expression de mon visage ne manqua pas d’être expressif et marquant. Quand je lui demandais penaud si elle se trouvait avec nous, il me dit que n’ayant pas la possibilité d’avoir ses aises dans la voiture elle aurait décidé de nous rejoindre sur place par ses propres moyens. Saurait-elle conduire en plus d’avoir un véhicule magique ? Cela devenait absurde, je ne savait que penser que croire. J’avais l’impression qu’on m’avait donné à faire un immense puzzle monochrome d’un million de pièces, toutes différentes mais de très peu. Une vie ne me suffirait jamais à comprendre la situation, il va falloir que j’apprenne à vivre avec toujours plus d’interrogations.

Les deux heures de routes étaient passées, Monsieur Louis se gara comme un sauvageon sur un talus, les parkings, c’est pour les faibles, les aventuriers se garent où bon leur chante. Il connaissait bien la région, il y venait très souvent pour son travail, il savait donc exactement quel petit coin de nature serait idéale pour se sustenter. La hâte devait se lire sur mon visage, mon estomac gargouillait pour sonner l’heure du repas concocté avec amour par Mlle Maulari. Chez nous, les sandwiches de pique-nique sont mous, contiennent une tranche épaisse de fromage et du beurre, c’est gras, c’est riche, c’est pas très gourmet. Lorsqu’elle ouvrit son panier, cette femme est à l’ancienne, décalée dans le temps avec son rejeton taciturne, les effluves de bonne cuisine embaumèrent cette petite clairière où nous avions établi notre salle à manger de fortune.

Des heures durant je pourrais vous parler de ce repas, digne des plus grands restaurants gastronomique de la capitale, vous exprimer par des mots inventés les sensations gustatives causées par des mets simples et raffinés. Des hommes, les plus grands chefs, se mettraient à genoux devant leur reine, Mlle Maulari déesse de l’art culinaire. Mais je digresse sans cesse avec la nourriture oubliant les avancées d’un récit ayant trait à d’autre préoccupation ô combien primordiales. Le dessert, ce dessert, j’en échangerais une jambe contre une portion supplémentaire. Mais il n’en restait pas ce jour-là car l’habitude du repas pour Marie n’avait pas été respectée, et pour cause, Sébastian avait prévenu la veille de l’absence de cette dernière pour ce pique nique. Même sans qu’il en fasse mention, je savais qu’elle n’était pas là, je ne saurais pas comment expliquer cette sensation que j’avais en sa présence qui me manquait en son absence. J’avais hâte qu’elle arrive, nous partions, nos ventres ronds, sauf celui de Mlle Maulari qui n’avait pas un grand appétit, nous faire plaisir la nourrissait tout autant. Sébastian s’il reste avec nous après nos noces deviendra très vite obèse, tout comme moi, sans aucune honte, les maigres ne savent pas ce qu’ils perdent.

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