La Petite Fille Rousse et le Monstre Tentacules

Le sacrifice

Baron

Merci pour les commentaires adorables pour le début, en espérant que la suite vous plaise autant !

_ Je n’ai pas envie, et il faut que je rentre !

_ Je t’ai pourtant offert les fruits et plantes que tu voulais, te baigner dans mon eau n’est pas grand chose en retour. »

Avec la chaleur et les efforts, elle était coulante de sueur, et ce lagon a l’eau la plus douce de l’île. S’il était bien une personne qui le savait c’était elle. Nul autre ne s’y était jamais risqué. C’est le Monstre Tentacules qui lui-même demandait, qui y trouverait quoi que ce soit à redire. Elle se déshabilla entièrement et plongea. Nager sous cette eau claire, y voir le soleil à travers, elle profita de chaque instants.

« _ Mon lagon n’est-il pas le plus agréable de l’île ?

_ C’est le cas, il est triste qu’il soit interdit.

_ Il en va du choix de chacun d’en profiter. C’est les tiens qui ont décidé de cet interdit.

_ Cela ne vous dérangerait pas de nous voir ici ?

_ Bien au contraire, la compagnie des hommes m’est agréable, tant qu’ils respectent ce lieu.

_ Pourquoi les anciens nous ont-ils interdit de venir ? Vous êtes le protecteur de l’île…

_ La peur sans doute, je suis un Dieu après tout.

_ Mais quand vous leurs dites ?

_ Ils refusent de m’entendre, tu es la première à m’écouter, me répondre. Je suis très seul…

_ Voulez-vous que je vienne plus souvent ?

_ J’en serais heureux… »

Leilani sortit de l’eau, ses cheveux roux plaqués contre son dos, elle profita d’une légère bise et du soleil pour se sécher quelques minutes avant de remettre ses vêtements.

« _ Les villageois ont-ils fini par t’accepter maintenant que tu es une femme ?

_ Ils… Ce n’est pas facile pour eux, car ma peau de lait, mes cheveux de feu, mes yeux d’émeraudes sont toujours uniques. Ils me gardent à distance mais ne me rejettent plus…

_ Tes parents ne t’aident pas ?

_ Mes parents… Ils ont honte…

_ Nous somme pareils. Rejetés et seuls car nous sommes différents.

_ Oui… C’est vrai… »

Elle partit avec son gros panier qu’elle traînait au sol, méditant sur les paroles du Monstre Tentacules. Il n’avait pas tort. Tous deux étaient seuls, chacun de son côté, chacun à sa manière. Arrivée au village, elle apporta comme à son habitude les denrées dans la hutte collective. Il y avait des mois que personne n’avait vu de si beaux et gros fruits, de si belles patates. Alors qu’on allait pour une fois la féliciter, une femme reconnut le panier… De là tout alla très vite. On cria au sacrilège, mit Leilani en isolement, le conseil se réunit pour acter sur son cas. Pour la matriarche, ce fut la goutte d’eau, la mauvaise nouvelle et la colère des villageois l’emportèrent, sa vie s’éteignit ce soir là.

Il fallut plusieurs jours entre les funérailles et les palabres pour statuer sur le sort de Leilani. Même ses propres parents validèrent la sentence, par peur de représailles de ne pas suivre la meute ou par croyance, nul ne le saura vraiment. Le sacrifice se ferait le soir de la prochaine pleine lune. Elle essaya de dire que le Monstre Tentacules lui avait permit, personne ne la crut. Durant la semaine qui suivit, il n’y eut aucune amélioration, il ne restait que très peu de nourriture et les pêcheurs partaient de plus en plus longtemps en mer pour très peu de résultat. Tout cela ne fit qu’accabler encore plus Leilani.

La nuit tombait, tout le village s’était donné rendez-vous devant la hutte du conseil. Leilani, attachée devançait un bien long cortège munie de torche. La marche se fit dans un grand silence, elle s’était résignée. Sur cette île on ne peut fuir bien loin bien longtemps, surtout lorsqu’on a tout un village en colère qui vous poursuit. Il n’y avait pas un nuage, la lune était haute et pleine. Sur les eaux du lagon se reflétait un ciel étoilé. Ils avaient préparé une petite barque, légèrement lestée, un peu trouée. On attacha Leilani au fond de celle-ci, puis on la poussa vers le cœur du lagon. Certains se dirent qu’ils n’auraient jamais du faire cela, d’autre espéraient très fort que cela serve à quelque chose. Aucun d’entre eux ne prenaient de plaisir à cette situation.

L’embarcation d’infortune n’avançait pas vite. Leilani, prise de panique se secoua dans la barque sentant l’eau s’immiscer tout autour d’elle. Elle ne pouvait pas crier, les villageois n’auraient pas supporté ses suppliques, ils avaient bien pris soin de la bâillonner. Tout ce qu’elle obtint de sa lute, fut un moins long supplice, l’eau s’infiltra plus vite, elle coula. C’est alors qu’une voix se fit entendre, juste pour elle…

« _ Leilani, tu es revenue me voir ?

_ Venir ce soir n’était pas mon choix mais celui des villageois qui souhaitent que je me noie.

_ Qu’as-tu fais de si grave pour un tel châtiment ? Est-ce parce que tes cheveux sont de feu, ta peau de lait et tes yeux d’émeraudes ?

_ Tous nos malheurs me sont imputés, de la disette à la tempête. Quand j’ai ramené le panier des denrées d’ici récoltées ils ne m’ont pas écoutée et m’ont enfermée.

_ Ne leur as-tu pas dit que c’était mon cadeau ?

_ Je n’ai pu leur en apporter la preuve…

_ Ferme les yeux, viens à moi… »

Sur la berge, un silence pesant, les yeux écarquillés tout le monde avait retenu sa respiration en voyant les bulles se raréfier. Le lagon refléta de nouveau le magnifique ciel étoilé et cette lune blanche. Il n’y avait plus rien à voir, tout le monde retourna au village, ils n’étaient pas fiers. Chacun s’enfermant chez soi tentant d’oublier cette funeste nuit.

Le lagon cachait un petit secret, une grotte sous-marine. C’est là que la barque où Leilani était nouée fut attirée. Elle ouvrit les yeux, il faisait noir, pas une once de lumière. Ses liens étaient défaits et sa bouche libérée. Elle dit :

« _ Où suis-je ? Êtes-vous là ?

_ Tu es dans ma grotte, je t’y ai amenée avant que tu ne sois noyée.

_ Mais sans mon sacrifice les malheurs ne s’arrêteront pas ?

_ Je suis le Dieu de l’île et non du monde, ce qui vous touche est hors de ma portée, le lagon et la nature qui l’entoure sont là pour vos difficultés. Quant à un sacrifice, comment t’expliquer que ce qui ne nous appartient pas ne peut être sacrifié.

_ Les villageois sont-ils condamnés ?

_ Si la raison ne leur vient pas, ce sera peut-être le cas. Puis-je m’approcher de toi ?

_ Il fait si noir je ne vous distingue pas…

_ As-tu peur de moi ?

_ Non… On vous appelle le Monstre Tentacules mais vous êtes bon. Vous m’avez sauvée et ne semblez pas me vouloir du mal. »

Tout Dieu qu’il était, une certaine forme de timidité l’envahit. De la visite il n’en avait jamais eu, et Leilani ne le laissait pas indifférent. Il s’approcha d’elle, assez pour qu’elle sente son souffle sur son cou lorsqu’il reprit la parole.

« _ Je peux te toucher l’épaule ?

_ Si je peux toucher la votre en retour, être la première à toucher un Dieu n’est pas pour me déplaire. Mais avant tout j’aimerais vous voir…

_ Pour les ténèbres écarter, avance tout droit lentement et dès que tu sentiras la parois, frotte la ardemment, c’est une roche qui rayonne lorsqu’on la frictionne. »

Elle ne se fit pas prier, la lumière rendra l’atmosphère bien plus sécuritaire. Elle se leva et se dirigea à tâtons, tout droit, jusqu’à toucher la paroi. C’est avec maladresse qu’elle se déplaça dans le noir, trébuchant et titubant. Les bras tendus, les pieds se relayant pour parcourir quelques centimètres chacun. La roche n’était pas aussi humide qu’elle s’y attendait. Elle passa la main dessus et une légère luminescence se fit. Amusée elle frotta partout, suivant la paroi sur toute la grotte et sans jamais se retourner. La grotte marine était un peu à l’image du lagon, une demi lune de roche au bord de l’eau. Lorsqu’elle eut fini elle se retourna pour le voir.

Près de la barque se tenait sur un rocher une pieuvre à sept tentacules. Il n’avait rien de différent avec une autre pieuvre si ce n’est son regard. Celui d’un être supérieur, sans peur ni agressivité. Elle ne savait pas trop comment réagir et il lui était difficile de faire la part des choses, car c’était un animal. Elle alla vers lui et prenant son courage à deux mains, en tendit une pour lui toucher la tête.

« _ N’as tu pas peur maintenant que tu me vois ?

_ Non je ne sens pas d’agressivité…

_ À mon tour je peux te toucher ?

_ Je vous l’ai déjà accordé. »

Il ne décrochait pas de ses yeux et souleva un de ses tentacules. Il passa d’abord sur son pieds remontant lentement sa jambe, parcouru sa cuisse et son bras qui pendait là, remonta l’épaule et finit par son visage qu’il explora méticuleusement. Il retourna à sa main qu’il voulut comme il put saisir.

« _ Me vois-tu comme un monstre ?

_ Vous avez l’apparence d’un animal, et parlez comme un humain des plus sages, je ne trouve pas cela monstrueux.

_ Pourrais-tu m’aimer ?

_ Je pourrais peut-être…

_ Mon aspect est-il en cause ?

_ Il est bien difficile de le nier, je pourrais vous aimer, comme un ami…

_ Si tu fermais les yeux, serait-ce plus simple ?

_ Je ne sais… »

Abandonnée des siens elle était un peu perdue enfermée avec lui dans cette grotte. Déboussolée elle ferma les yeux, possible qu’il faudrait en passer par là pour le sacrifice. Elle ressentait les pensées du Dieu, l’amour et le désir qu’il ressentait pour elle la pénétrait. Cela calma toutes ses craintes et son dégoût. Elle sentit les tentacules parcourir son corps, dans son dos pour l’accueillir au sol sur un sable doux. Ses vêtements se défaisaient, la mettant à nue. Son corps sur elle se faisait plus lourd, son souffle arriva près de sa bouche, il allait l’embrasser. Elle ouvrit les yeux.

Leilani ne s’attendait pas à ça, pour elle, il changeait. Son corps s’humanisait. Son visage était fin, il avait la peau de lait, les cheveux de feu et les yeux d’émeraude, comme elle. Sur son sein elle vit la dernière tentacule se changer en une douce main. Il l’embrassa, elle s’abandonna.

Alors que le village s’enfonçait dans les malheurs et la famine, Leilani n’était plus seule, au lagon profitant de la profusion elle vécut heureuse avec son nouveau compagnon. De leur union naquit un enfant, qui comme eux avait la peau de lait, les cheveux de feu et les yeux d’émeraude.

 

FIN.

 

Voilà pour cette première nouvelle que je publie ici. Encore une fois merci à Mao (Lil’art) de sa gentillesse et son soutien, pour les dernières corrections et pour cette belle illustration. Merci à Chloé qui m’a inspiré cette histoire malgré elle à vrai dire et merci pour cette magnifique illustration. Peut-être un jour que je publierais en petits fascicules… 

Tu peux retrouver toute la nouvelle ici : Tout lire
Intéressé-e par les histoires courtes ? En voici une autre : AlIS 2.0

 

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