L'amie imaginaire

Le Parrain Normal.

Baron

Chapitre 3 ‐ Le Parrain Normal.

J’étais rentré plus tôt que prévu de mon excursion chez les Maulari. Nos derniers cartons arrivés, notre emménagement dans notre nouvelle maison était définitif. Mon lit n’était pas encore monté, ainsi après le repas, allongé sur mon matelas posé au sol, je repensais à mon étrange après midi. Le plafond était blanc hôpital, pas une tâche, pas une toile d’araignée. Sebastian est il dérangé ? C’est la question principale que je me posais ce soir-là. Avec aussi la sempiternelle : « Sommes-nous seuls dans l’univers ?  » ! Sur ces interrogations je vins surtout à me demander si j’étais bien seul dans ma nouvelle chambre. C’est un peu flippant de ne voir personne, de ne sentir aucune présence et pourtant se dire… Est-elle là ? Quelqu’un d’autre ? Non ce n’est pas ce soir que je comprendrais. Je décidais d’aller regarder la télé avec mes parents. Le couloir était aussi livide que ma chambre, vivement qu’on choisisse les couleurs intérieures et que les décorations moches de notre ancienne maison soient mises ici, elles me manquent. J’aimais beaucoup nos nouveaux escaliers en colimaçon, je crois que je me tenterais bien de les descendre les fesses sur la rambarde, ça doit être marrant. Le programme du soir avait déjà commencé, ça va être sympa ça… La confection des costumes militaires…

Il se passa plusieurs jours avant que je ne revoie les Maulari, juillet sentait déjà le rance. Dire « non » à Mlle Maulari était un vrai supplice tant sa gentillesse me faisait fondre et il y avait toujours un bon gâteau à la clé ! Nouvel après-midi chez Sébastian. Cette fois je venais en ayant pris soin d’avertir les anciens au dernier moment. Je fus libre de porter mes frusques, avec leurs usures, leurs odeurs… Ce n’était pas la tenue dominicale qu’on porte à la messe et qui nous fait passer pour des bons petits gars, là c’était la mode souillon de la semaine. J’apportais pourtant quelques fleurs poussant sur le terrain vague en face de chez nous. Je me demande pourquoi vague, il n’y a pas de mer. C’est avec un sourire tout en dents blanches que je fus accueilli par Sebastian et sa mère, j’étais plus qu’attendu, un vrai messie… Mais non…

En entrant je fermais les yeux, c’est mon nouveau sport, humer sans regarder. Alors je dirais… Tarte… Poire et pomme ! J’eus presque bon, quelques malheureuses framboises éparses sur la tarte laissaient à penser qu’elles ne furent pas en nombre au combat fruitier qui les opposa aux pommes et poires ayant fait alliance pour les massacrer. J’en avais l’eau à la bouche, puis la bave aux lèvres, puis on me présenta Monsieur Louis Maulari qui me regarda en souriant extérieurement et en se moquant intérieurement. Autour de la table, cinq chaises. Depuis l’autre jour, je savais qu’il fallait toujours soustraire une chaise pour savoir combien nous serions. A moins que d’autres personnes n’apportent avec elles d’invisibles invités ! Ce n’était pas mon cas, je venais seul, peut être avec quelques amis poux, mais ça restait à prouver.

Après avoir dit, l’air un peu guignol avec mon bouquet à la main, un sympathique « bonjour Monsieur », je fus de suite autorisé à le nommer Louis, Monsieur Louis… Monsieur Louis est un cousin resté très proche de Mlle Maulari et le parrain de Sebastian. Comme disait papy, qui ne manquait jamais une occasion de placer ses petites remarques qui nous manquent tant : « Un parrain ça passe mieux que deux par deux ». Après ces brèves présentations, nous pouvions enfin nous asseoir. Posant mon bouquet dans les mains gracieuses de Mlle Maulari qu’il est encore trop tôt pour nommer Françoise tant que notre relation n’est pas plus aboutie, je prenais place entre un siège vide et Sebastian. J’aime les goûters, c’est une bonne occasion de se régaler, enfin chez les Maulari, car à la maison, ça n’a rien à voir. J’ai un peu la sensation d’être dans un autre temps quand je viens ici, une époque simple où les individus ont autant de goût que la nourriture. Monsieur Louis nous faisait tous beaucoup rire en nous racontant des petites anecdotes de sa vie, la moindre petite parcelle de vécu qui semble anodine devenait par ses paroles de véritables aventures épiques.

La tarte surprit mes papilles, les framboises n’étaient pas là par hasard, Mlle Maulari n’est pas une femme ordinaire, c’est une fée, la fée des tartes et pâtisseries. J’aurai aimé qu’elle soit ma marraine, j’aurai peut être deux cent kilos de plus, mais il ne s’agirait que de joyeux kilos, deux tonnes de bonheur engrangées au fil des années d’avoir une marraine comme Mlle Maulari. J’ignore si j’ai une marraine, je sais que mon parrain était un ancien ami de papa, un des plus cons d’après maman, de ce que j’ai pu comprendre il vit à l’air pur sous un pont, un écolo-alcolo comme dirait papy. La tarte avait été coupée en cinq, aucun de nous n’était étonné de voir la cinquième part partir au loin de nos estomacs insatisfaits de la petite quantité ingurgitée. Monsieur Louis nous parla d’un parc qui allait être inauguré dans la ville voisine, j’ai cru comprendre qu’il travaillait à la mairie. Il nous proposa de nous y emmener si on le souhaitait la prochaine fois qu’il passerait.

Le thé du jour n’avait rien à voir avec celui de la dernière fois, il était plus doux. Cette femme est incroyable, elle change de variété de thé en fonction du type de dessert ! C’est comme au restaurant chic où papa nous avait amenés lorsqu’il avait eu sa grosse promotion, à chaque plat le serveur conseillait un vin différent. A la maison tant que ma bouteille de sirop n’est pas vide, on en ouvre pas d’autre et ce quelque soit le plat servi. On manque de classe à la maison, je me demande si c’est à cause de la télé qui régit nos vies à chaque repas. Peut-être qu’on adapte le programme au repas chez nous. Monsieur Louis nous quitta très tôt, obligation familiale comme il me dit. Plus tard j’appris qu’il avait beaucoup de femmes dans sa vie, sacré santé. Sebastian m’invita à le suivre dans sa chambre. Bookmaker préparez vos billets, on va parier sec sur des concours hippiques ! Avant d’entrer dans sa chambre, je constatais l’état pitoyable de mes mains, la framboise ça tâche. Il m’invita à aller faire un tour dans la salle de bain, on ne badine pas avec la propreté chez les Maulari.

La salle de bain était comme toutes les pièces de la maison, une perfection. Rien de trop et rien ne manque. Même le plafond était décoré, une plage et des coquillages l’ornaient en relief, prendre son bain ici ne devrait pas être une corvée. Je commençais à laver mes mains quand le miroir me rappela qu’une femme vivait ici. Blanc… Simple… Mais pas dénué de sensualité. Je crois que je deviens un adolescent, j’étais en train de regarder dans le miroir les sous vêtements de Mlle Maulari qui séchaient derrière moi. D’étranges envies me prenaient alors, les toucher, les sentir, se servir… Mes mains étaient déjà plus propres qu’à leur habitude, rester plus longtemps sous l’eau allait décoller ma peau. J’attendais que mes émotions se terminent avant de quitter la salle de bain et de penser à autre chose.

J’entrais dans la chambre de Sebastian, un peu honteux de mes pensés perverses, mais heureux de me savoir grandi. Sa chambre, aux crayons près n’avait pas changé depuis l’autre jour. Rien qu’en une journée ici, tout serait sans dessus dessous, si j’y restais seul. Il était assis sur son lit, mais en descendit à mon arrivée. Accroupi au sol, je m’attendais à ce qu’il sorte son jeu de petits chevaux, j’aurai pu attendre longtemps. C’est un jeu de cartes qu’il sortit. Je n’ai pas souvenir du jeu auquel nous avons joué, n’en connaissant pas les règles, j’étais vraiment perdu. Marie gagna plusieurs parties, moi non, c’est peut-être pour cela que ce jeu ne me laisse qu’un vague souvenir, me faire battre par une fille qui n’existe par ailleurs que dans l’esprit de Sebastian, c’est humiliant !

Sebastian avait été un peu plus loquace que l’autre fois, j’ai l’impression qu’il devient un peu plus causant à chaque visite. Nous avons parlé de son parrain, de la tarte de sa mère, j’ai esquivé le sujet « comment tu trouves la salle de bain ? » histoire de ne pas dire que j’ai beaucoup apprécié la culotte de sa mère. C’est là qu’il me dit que Marie m’avait suivi. Cela me rendit un peu nerveux, mal à l’aise. Elle m’a suivi, c’est possible ça ? Elle n’existe pas pourtant ! Alors dans le doute je posais la question dont la réponse allait me perturber pour plusieurs jours…

Moi : Et ? Elle a aimé me voir me laver les mains ?

Sébastian : Je sais pas… Elle a juste dit qu’elle t’avait suivi, mais qu’elle n’a pas aimé ce que tu as regardé. Tu as regardé quoi ?

Moi : Rien de spécial… Mes mains… Elle n’aime peut-être pas mes mains… Faut que j’y aille il est tard !

C’est un peu précipitamment que mon départ se fit, les doutes sur Marie, Sébastian, tout cela me semblait un peu plus réel. Pourtant tout était impossible ! Elle n’existe pas ! Sébastian a dû me voir mater les sous-vêtement de sa mère à travers la serrure. Sur le chemin du retour, après avoir à peine souhaité une bonne soirée à Mlle Maulari, que je regardais davantage comme une femme que comme une mère, je marchais à pas rapide, fuyant l’étrangeté de cette famille. Une fois à la maison je m’installais comme si de rien était avec mes parents sur le canapé, histoire de me lobotomiser le temps d’un programme insipide. J’aimais les dessins animés, les séries américaines et tout un tas d’autres programmes, mais ceux que choisissaient mes parents n’étaient jamais à mon goût, sauf ce soir là… Une émission qui parlait de l’existence des fantômes…

 

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